IMMO NOTAIRES – JANVIER/FÉVRIER 2026

Édito – Top départ du « Donathlon »

Adepte de sport, vous connaissez pas mal de disciplines que vous pratiquez ou supportez. Vous allez découvrir une nouvelle activité qui se déroule en famille et vous place au cœur du système de jeu.

Si elle ne nécessite pas une forme physique de premier plan, elle oblige cependant de disposer de quelques ressources… financières. Il s’agit en effet de vous engager dans un processus où vous consentez de beaux gestes à vos proches.

Pour les plus petites « séries », il peut s’agir d’effectuer un don de somme d’argent qui se chiffre jusqu’à 31 865 € à condition que le donateur soit âgé de moins de 80 ans. Composée des enfants, petits- enfants, ou à défaut de descendance, des neveux ou nièces, l’équipe de bénéficiaires reçoit cette somme en franchise de droits fiscaux à régler.

Si vous souhaitez vous inscrire dans une épreuve de plus grande catégorie, il faut s’intéresser au don manuel. En effet, il atteint 100 000 € par parent à enfant. Il profite d’un abattement sur les droits de succession qui se renouvelle tous les 15 ans. Précisons que la somme destinée à un petit-enfant se limite à 31 865 € et à 5 310 € pour un arrière-petit-enfant.

Profitons-en pour nous intéresser à un parcours spécifique qui peut être emprunté jusqu’au 31/12/2026. Il se destine aux aînés qui veulent aider leur descendance à acheter sa résidence dans l’immobilier neuf. Aussi, ils peuvent transmettre jusqu’à 100 000 € en franchise de droits d’enregistrement à condition que les enfants, petits-enfants, ou à défaut neveux ou nièces, mettent à profit cette somme pour faire construire ou acheter en VEFA ( Vente en État Futur d’Achèvement). Le don peut aussi être mise à profit pour rénover énergétiquement la résidence principale des donataires.

Vous voilà désormais avec un brief qui vous permet d’envisager votre « donathlon » avec quelques repères au plan financier et en matière de fiscalité.

Préparez au mieux votre parcours de générosité avec l’aide de votre notaire !

Maître Sébastien ARTAUDPrésident de la Chambre des notaires de la Gironde

ASSURANCE-VIE : Maîtriser ses atouts… et ses limites

Référence incontournable pour organiser la transmission de son patrimoine, l’assurance constitue à la fois un instrument d’épargne flexible et un levier de transmission du patrimoine qui profite d’une fiscalité dérogatoire. Pas étonnant qu’elle séduise tant de Français !

On compte aujourd’hui près de 2 068 milliards d’euros d’encours, c’est-à- dire la somme des montants placés sur la totalité des contrats d’assurance-vie ouverts en France. Mais derrière la popularité de ce contrat, se cache une réalité plus nuancée, notamment sur le plan successoral. Contrairement à une idée reçue tenace, l’assurance-vie n’est pas toujours « hors succession ».

Il est essentiel d’en connaître les mécanismes afin d’en faire un véritable outil d’optimisation patrimoniale, conforme aux objectifs souhaités. Pour rappel, l’assurance vie se veut un contrat par lequel l’assureur s’engage, en contrepartie du paiement de primes par le souscripteur, à verser un capital ou une rente à un bénéficiaire désigné, de son vivant ou en cas de décès de l’assuré.

INSTRUMENT D’ÉPARGNE

L’assurance-vie s’apparente d’abord à un placement accessible et souple. Elle permet de constituer une épargne, de la faire fructifier selon son profil de risque (fonds en euros ou unités de compte), tout en gardant la possibilité de rachat. Ainsi le souscripteur peut à tout moment effectuer un rachat partiel ou total, en fonction de ses besoins, sans justification. En cas de retrait, une fiscalité avantageuse s’applique notamment après 8 ans de détention. L’assurance-vie offre une grande liberté dans la gestion et l’utilisation de l’épargne constituée.

INSTRUMENT DE TRANSMISSION INCONTOURNABLE

Le souscripteur peut désigner le bénéficiaire de son choix, qu’il s’agisse de ses héritiers ou non, dans le cadre de la clause bénéficiaire. L’assurance-vie permet ainsi de sécuriser le conjoint survivant, de favoriser un enfant ou encore gratifier un proche hors du cercle familial. La rédaction de cette clause doit être minutieuse puisque son rôle est crucial au moment de la transmission et ne doit pas laisser place à diverses interprétations.
Le souscripteur reste libre de modifier ou révoquer la clause bénéficiaire tant qu’il n’y a pas eu d’acceptation par le bénéficiaire désigné. Il n’est donc pas souhaitable d’informer ce dernier de sa désignation.


Atout supplémentaire, la clause bénéficiaire peut faire l’objet d’un démembrement de propriété, permettant de transmettre en dissociant l’usufruit (souvent au profit du conjoint survivant), de la nue-propriété (généralement aux enfants), créant ainsi un quasi-usufruit. Le conjoint survivant conserve la jouissance des fonds tout en assurant que le capital reviendra aux enfants, ce qui leur est garanti notamment par la créance de restitution, et en limitant la charge fiscale. Cette stratégie permet de protéger son conjoint en organisant la transmission aux enfants dans une logique d’optimisation fiscale.

Cette technique illustre une fois de plus la souplesse de l’assurance-vie, mais nécessite une rédaction rigoureuse pour éviter tout risque juridique. L’idée revient à anticiper le fonctionnement d’une telle clause, les modalités de gestion, de répartition ou d’utilisation des capitaux, ou encore le prédécès ou la renonciation du conjoint.

Cette clause doit être adaptée au cas particulier de chaque famille, et sa rédaction nécessite l’intervention du notaire afin d’en garantir l’efficacité juridique.

« UN CONTRAT D’ASSURANCE-VIE N’EST PAS SYSTÉMATIQUEMENT HORS SUCCESSION »

UNE FISCALITÉ OPTIMISÉE

La légende dorée de l’assurance-vie repose surtout sur sa fiscalité en cas de décès. Les capitaux transmis via un contrat d’assurance vie échappent, en partie, à la succession du souscripteur.

La fiscalité applicable dépend de l’âge du souscripteur au moment des versements :

– Versements effectués avant ses 70 ans : chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 €, puis les capitaux sont taxés à 20 % jusqu’à 700 000 €, et 31,25 % au-delà (art 990 I du CGI).

– Versements effectués après ses 70 ans : le montant des primes est réintégré à l’actif successoral au-delà d’un abattement global de 30 500 €, quel que soit le nombre de contrats souscrits par l’assuré et le nombre de bénéficiaires (art 757 B du CGI).

UNE RÉALITÉ NUANCÉE

L’image d’un contrat systématiquement « hors succession » est trompeuse puisqu’il existe de nombreuses situations dans lesquelles les sommes transmises sont réintégrées dans l’assiette taxable des droits de succession.

Le souscripteur dispose d’une grande liberté dans la désignation du bénéficiaire offrant une certaine souplesse par rapport au respect de la réserve héréditaire. Bien que le contrat ne fasse pas partie de l’actif successoral – on dit souvent qu’il est hors succession – la jurisprudence limite les pratiques abusives.

Ainsi, affirmer que l’assurance-vie n’est pas soumise aux règles de la réserve héréditaire, qui garantit une part minimale du patrimoine à certains héritiers désignés par la loi, est inexact. L’article L132-13 du Code des assurances permet aux héritiers de contester les primes « manifestement exagérées », notamment si le montant des versements est disproportionné par rapport aux facultés du souscripteur, alors ces sommes peuvent être réintégrées à la succession.

Il s’agit de versements jugés exagérés au regard du patrimoine du souscripteur, de ses revenus ou de son âge. En cas d’abus ou de volonté de détourner les droits des héritiers réservataires, les juges peuvent réintégrer les sommes à l’actif successoral. Les versements tardifs parfois juste avant le décès sont souvent scrutés, et les juges peuvent également requalifier l’opération en donation indirecte lorsque l’état de santé ou l’âge du souscripteur au moment du versement des primes révèlent une intention libérale.

Enfin, en cas de bénéficiaire non désigné ou de clause ambiguë voire mal rédigée, le contrat peut également être réintégré à l’actif successoral.

L’assurance-vie mal maîtrisée peut générer des conflits entre héritiers, des requalifications fiscales, ou des déséquilibres patrimoniaux. Elle joue le rôle d’optimisation fiscale dans sa globalité, et demeure un moyen de transmission complémentaire à combiner avec d’autres pour tenir compte notamment du régime matrimonial, des donations antérieures, et de la situation des héritiers.

SOUPLESSE OUI, MAIS AVEC CONSEIL !

L’assurance-vie reste un outil exceptionnel dans l’arsenal patrimonial, à condition d’en connaître les limites. Sa fiscalité avantageuse et sa grande souplesse exigent une utilisation maîtrisée et un accompagnement éclairé.

Maître Mathilde DUBOSTNotaire à Langon

 

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