IMMO NOTAIRES – MARS/AVRIL 2026
EDITO – Belle évolution statutaire !
Ils ne s’attendaient pas à une telle promotion tant leur contribution au service du logement manquait de reconnaissance depuis quelques années…
En effet, les investisseurs immobiliers semblaient exclus de toute progression car les incitations à proposer un logement locatif suscitaient plutôt de la frustration. Arrêt de la loi Pinel, rabotages fiscaux en LMNP (loueur en meublé professionnel)…. l’immobilier limitait plutôt les initiatives à caractère patrimonial.
Heureusement, le vote du budget 2026 vient récompenser les porteurs de projets immobiliers en leur accordant le « statut de bailleur privé ». Au-delà du titre honorifique auquel les investisseurs peuvent prétendre, il faut voir dans ce nouveau dispositif le moyen d’activer des leviers fiscaux attractifs.
Dans le cadre d’une location longue durée, il se traduit par un amortissement sous conditions sur le prix d’acquisition d’un appartement neuf ou ancien réhabilité. Le taux va se situer de 3 à 5,5 % de la valeur du bien pouvant être déduite des loyers, sur une période de 12 ans au plus.
L’autre récompense nous vient de la prolongation jusque fin 2027 du « super déficit » foncier dont le seuil se situe à 21 400 €, au lieu de 10 700 €. À condition de réaliser des travaux de rénovation énergétique dans un logement loué nu, cette somme peut donc être imputée sur le revenu.
Autre motif de satisfaction, le budget 2026 dispense les propriétaires de gîtes ruraux de s’acquitter de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. De plus de 1000€ en moyenne, l’exonération de cette imposition va améliorer la rentabilité des locations, et aussi contribuer au développement du tourisme rural.
Les motivations des bailleurs à accéder à ce nouveau statut vont sans doute se traduire par de nombreuses sollicitations…
Il faut profiter de cette loi de finances 2026 qui autorise une belle promotion grâce à l’immobilier.
Maitre Sébastien ARTAUD – Président de la Chambre des notaires de la Gironde
LOCATION-GÉRANCE – Un outil simple mais encadré
Quand la cession d’une entreprise risque d’entraîner trop de frustrations pour son dirigeant-fondateur, il faut envisager une autre option. La location-gérance lui permet de confier les clés à une autre direction, tout en conservant la propriété.
La location gérance régie par les articles L 144-1 et suivants du Code de commerce, longtemps considérée comme un dispositif marginal, s’impose aujourd’hui comme un véritable levier stratégique pour les entrepreneurs. Entre souplesse d’exploitation, transmission progressive et sécurisation financière, ce mécanisme, qui permet à un propriétaire de confier l’exploitation de son fonds de commerce à un gérant moyennant redevance, séduit autant qu’il nécessite vigilance. Décryptage d’un outil dont l’usage s’est nettement démocratisé depuis les réformes récentes.
UN DISPOSITIF AVANTAGEUX POUR LE PROPRIÉTAIRE DU FONDS (LOUEUR)
Pour le loueur, l’intérêt est évident : continuer à percevoir un revenu régulier tout en se déchargeant du quotidien de l’exploitation. Rester propriétaire tout en cédant les rênes opérationnelles permet aussi de tester un repreneur potentiel, ou simplement d’assurer la continuité d’une activité lorsqu’un dirigeant doit s’absenter, préparer une transmission ou réduire son implication sans fermer l’entreprise.
Dans les opérations de restructuration, la location-gérance joue aussi un rôle clef. Elle facilite le regroupement d’entités, la mutualisation de moyens, et permet à une société spécialisée de gérer plusieurs fonds de commerce sans rachat immédiat. Un outil de souplesse qui, bien utilisé, peut accompagner des stratégies de croissance ou de consolidation.
POUR LE LOCATAIRE : EXPLOITER SANS ACHETER IMMÉDIATEMENT
Côté locataire-gérant, l’atout majeur est la possibilité d’exploiter un fonds sans mobiliser le capital nécessaire à son acquisition. Il bénéficie immédiatement de la clientèle, de la notoriété et du savoir-faire du fonds tout en conservant des marges de manœuvre entrepreneuriales.
Son statut de commerçant l’oblige toutefois à s’immatriculer et à respecter les règles comptables et fiscales applicables. Dans certains cas, la location-gérance sert même de phase d’essai avant une vente.
UN CONTRAT SOUPLE MAIS JURIDIQUEMENT EXIGEANT
La location-gérance n’est pas un simple « prêt ». Le contrat doit impérativement être écrit et publié dans un journal d’annonces légales dans les quinze jours suivant sa signature, puis à son terme. Cette publicité n’est pas anodine : tant qu’elle n’a pas eu lieu, le loueur reste solidairement responsable des dettes contractées par le locataire-gérant dans le cadre de l’exploitation.
C’est l’une des précautions majeures souvent méconnues. Une publication tardive peut exposer le loueur à des risques financiers importants, notamment en cas de mauvaise gestion ou d’endettement rapide du fonds par le locataire.
DES OBLIGATIONS STRICTES POUR LE LOCATAIRE-GERANT
Le locataire-gérant doit exploiter le fonds de manière continue, sans interruption ni déplacement. Modifier l’activité, même partiellement, sans l’accord du loueur, peut constituer une faute lourde : changer la clientèle, la nature du commerce ou l’image du fonds, c’est potentiellement en altérer la valeur.
À la fin du contrat, le locataire-gérant doit restituer le fonds en tous ses éléments. S’il a laissé dépérir l’activité fautivement, il peut être tenu de réparer la perte de valeur. La jurisprudence n’hésite pas à sanctionner des comportements négligents : fermeture prolongée, mauvaise gestion, perte de clientèle ou absence de renouvellement des stocks essentiels.
Paradoxalement, si le fonds de commerce prend de la valeur pendant la durée du contrat de location, le propriétaire n’a pas l’obligation de verser une indemnité au locataire-gérant, sauf si une clause contraire a été incluse lors de la signature du contrat.
« LA LOCATION-GÉRANCE PERMET D’ACCOMPAGNER DES STRATÉGIES DE CROISSANCE OU DE CONSOLIDATION.»
UN ENCADREMENT PROTECTEUR POUR LES CRÉANCIERS
Pour éviter que la location-gérance ne serve à dissimuler une fuite de patrimoine, les créanciers du loueur disposent d’une exigibilité immédiate de leur créance. En effet, la mise en location-gérance pourrait risquer de déprécier le fonds au point de mettre en péril le recouvrement de leurs créances.
Dans les faits, ce mécanisme est rare mais essentiel : il rappelle que la location-gérance peut avoir un impact patrimonial significatif, notamment lorsque le fonds constitue l’actif principal du chef d’entreprise.
LE LOUEUR CONSERVE UN DROIT DE REGARD
Bien qu’il ne puisse ni s’immiscer dans la gestion, ni diriger l’exploitation quotidienne, le loueur n’est pas totalement écarté de la vie du fonds. Il dispose d’un droit de surveillance d’autant plus que la fixation de la redevance dépend souvent du chiffre d’affaires réalisé.
Notamment pour préparer une éventuelle cession, de nombreux contrats imposent au locataire-gérant de transmettre régulièrement les documents comptables, afin de permettre au propriétaire d’informer de futurs acheteurs.
UNE REGLEMENTATION MODERNISEE ET SIMPLIFIEE
La loi du 19 juillet 2019 a profondément assoupli le régime. L’obligation pour le propriétaire d’avoir exploité son fonds pendant au moins deux ans avant de le mettre en location gérance a été supprimée. Cette condition, longtemps vue comme un frein, limitait l’accès du dispositif aux entrepreneurs individuels expérimentés.
Autre changement majeur : la solidarité financière du loueur ne court plus durant six mois après publication, mais seulement jusqu’à la date de cette publication. Un allègement bienvenu, qui sécurise davantage les propriétaires.
UN OUTIL EFFICACE, À MANIER AVEC RIGUEUR
Séduisante par sa souplesse, la location-gérance exige une préparation méticuleuse.
Contrat détaillé, clauses de non-concurrence, obligations comptables, compatibilité avec le bail commercial, publication légale immédiate : autant d’éléments qui conditionnent la sécurité du dispositif.
Bien encadrée, la location gérance peut devenir un formidable moyen d’essayer un commerce avant acquisition, de transmettre progressivement une entreprise, de maintenir l’activité d’un fonds ou de structurer un groupe.
Mais mal maitrisée, elle peut exposer loueur comme locataire à des risques juridiques et financiers importants.
Maitre Cyrille de RUL – notaire à Bordeaux